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jeudi 29 avril 2010

Ciro Gomes ne sera pas candidat à la présidence


Mardi 27 avril 2010, la commission exécutive nationale du Parti Socialiste Brésilien (PSB) a choisi de ne pas lancer une candidature propre pour la dispute présidentielle d'octobre. La décision a été prise par 20 votes contre 7, mais sous fortes de critiques. Le parti se serait soumis aux intérêts du Parti des Travailleurs (PT).Cette critique a d’ailleurs été relayée par la candidate du Parti Vert, Marina Silva, qui avait souligné que le manque d’offre électorale au premier tour risquait de constituer un élément fragilisant la démocratie brésilienne. Des rencontres entre leaders du PT et du PSB s'étaient intensifiées ces derniers jours pour parvenir à un accord autour du soutien des socialistes à Dilma Rousseff. L'alliance doit être formalisée le 17 mai.
Déjà candidat en 1998 et 2002, le député Ciro Gomes (CE) était pressenti comme le candidat naturel du PSB à la présidence de la République. Toutefois, à juger par les sondages d'opinion, sa candidature n'a pas du tout décollé. La courbe des intentions de vote qui lui a été attribuée a chuté de 20% (mars 2008) à 9% (avril 2010). Il avait notamment été dépassé par Marina Silva.
En dépit du mécontentement de Ciro, pour qui le parti a commis une « erreur tactique », le PSB essaie de garantir son quota de postes au pouvoir. L'alliance avec le PT lui permet de négocier et de se placer pour la dispute au gouvernement des États fédérés et au Sénat, tout en garantissant un partage plus favorable des portefeuilles ministériels en cas de victoire de Dilma.


Sources:
O Globo, édition du 28/04/2010 « PSB anuncia que não terá candidato próprio à Presidência da República; Ciro diz que partido cometeu 'erro tático'».
Folha de São Paulo, édition du 28/04/2010 « Leia íntegra da nota do PSB sobre a retirada da pré-candidatura de Ciro ».

lundi 26 avril 2010

Course présidentielle au Brésil: alliances et sondages

Bien que la campagne électorale ne commence officiellement qu'en juin, l'arrière scène de la politique brésilienne connaît d'intenses mouvements. Depuis plusieurs mois les partis définissent leurs candidats, préparent les programmes, et articulent leurs alliances au niveau national et régional. Début avril de nombreux ministres, gouverneurs et maires de capitales désirant se présenter au prochain scrutin ont démissionné de leurs fonctions, ce qui inaugure une nouvelle phase en dessinant plus clairement les choix et les stratégies des principales forces politiques.

L'anticipation des résultats, à la fois instrument indispensable de l'aide à la décision des équipes de campagne et une véritable obsession des mass medias, est offerte par des sondages désormais mensuellement publiés. Les données présentées dans le tableau ci-dessous illustrent une certaine stabilité de José Serra qui oscille entre 38% et 36% depuis mi-2009, bien qu'il ait atteint le maximum de 41%. Depuis longtemps, Serra était contraint par ses alliés à annoncer sa candidature, car on supposait que cela pourrait freiner la monté de la candidate opposante et améliorer son propre positionnement dans les sondages. Toutefois, Serra estimait qu'une présentation prématurée l'engagerait dans un débat public avec un président très populaire, sans produire de réels bénéfices électoraux. Début avril, entre les larmes, les critiques au gouvernement fédéral et la présentation du bilan de sa gestion, José Serra a laissé le poste de gouverneur de l'état le plus puissant du pays avec une cote de popularité de 55%. Le sondage d'avril, premier depuis l'officialisation de sa candidature (achevée le 10 avril) n'illustre pas d'altération significative dans les intentions de vote.

D'autre, le ticket présidentiel du PSDB n'est toujours pas défini. Jusqu'à la fin 2009 on pressentait les gouverneurs Aécio Neves (Minas Gerais) et José Serra (São Paulo) comme les possibles pré-candidats. La candidature de José Serra à la présidence a finalement été acceptée. Pressenti pour être candidat à la vice-présidence, Aécio Neves manifeste toutefois sa préférence pour un poste de sénateur (pour lequel les risques de défaites sont moindres et le mandat est de huit ans…). Ainsi, le nom pour compléter la formule pourrait venir de son allié, le DEM, mais les obstacles ne sont moins remarquables. Premièrement, il lui manque des options viables au niveau de son personnel politique. Quoique le nom de José Arruda ait été évoqué, celui-ci a été exclu du jeu politique après le scandale de corruption au District Fédéral [1]. Quant au sénateur Marco Maciel (PE), ex-vice président de Fernando Henrique Cardoso, il pourrait attirer une mauvaise cote en facilitant la stratégie du PT à comparer les gestions de Lula et de FHC. Et finalement Cesar Maia (RJ) et Paulo Souto (BA) avancent d'autres projets politiques. Deuxièmement, le parti est fortement ébranlé par les scandales de corruption concernant José Arruda, et plus récemment la décision de la justice pour la cassation du mandat de Gilberto Kassab, soupçonné d'avoir reçu un financement illégal pour sa campagne du 2008[2]. En somme, l'actuel positionnement du DEM contraint énormément sa marge de négociation et sa capacité de pression sur son allié.

Dans ce cadre incertain, un plan B est cours de s'esquisser. Une alternative serait le sénateur Tasso Jereissati (PSDB), entrepreneur et ancien gouverneur du Ceará (1987-1991 puis 1995-2002), qui pourrait faire un contrepoids à la base électorale du PT dans le Nordeste du pays. Plus récemment, certains dirigeants du parti ont discuté le nom de la sénatrice Marisa Serrano (MS), vice-présidente du PSDB, afin d'apporter un visage féminin au ticket.

Pendant ce temps, le PT avançait dans l'articulation de ses accords régionaux et la ministre Dilma Rousseff croissait dans les sondages d'intention de vote. La différence entre Dilma et Serra avait été proche de 30 points en mars 2009 et s'est réduite à seulement 4 points en mars 2010 (égalité technique) en allumant alors un signal d'alerte pour le PSDB. Ce resserrement se confirme en avril 2010.
L'équipe de Dilma Rousseff travaille sur la construction et la diffusion de son image. Pour ce faire, l’ancienne Ministre de la Casa Civil (elle a démissionné de son poste début avril pour se consacrer pleinement à la campagne électorale) a pu bénéficier d’un appui total du Président Lula. Fin mars, le Tribunal Supérieur Electoral a même condamné Lula à une amende de 10.000 reais (plus de 4.000 euros) pour propagande électorale illicite. Possédant le profil technique d’expert’, Dilma n'a pas de réelle expérience électorale. Elle était jusqu’en 2008 encore peu connue du grand public. En revanche, son poste ministériel et la coordination du Programme d'Accélération de la Croissance (PAC) sont devenus une vitrine nationale: s’il y a un an avant seuls 53% des interviewés connaissaient la pré-candidate, 86% de la population sait dorénavant qui est Dilma (les chiffres sont de 96% pour José Serra, 92% pour Ciro Gomes et 56% Marina Silva). Une question fondamentale de ce scrutin est de savoir si le président Lula parviendra à transférer son capital politique pour faire élire sa successeuse.

L'enjeu est d'autant plus significatif que, en dépit de la crise internationale, l'approbation de son gouvernement est croissante depuis mars 2009, pour arriver à 76% lors du dernier sondage (voir données ci-dessous). À cet égard, 42% de l'échantillon du sondage affirme vouloir voter pour la candidate soutenue par Lula et 26% se déclarent indécis. L'un des défis du PT consiste encore à diffuser l'image de Dilma comme candidate liée à Lula, car seuls 59% des personnes interrogées déclarent savoir qu'elle est soutenue par le Président (pourcentage qui était de 52% en décembre 2009). D'ailleurs, c'est justement auprès de la population à plus faibles revenus et niveaux d'étude, un électorat plus propice à voter pour Lula, que Dilma est moins la connue (49%). Ce malgré une progression de 8 points depuis fin 2009. Les mouvements en arrière scène sont également très intenses pour composer le ticket présidentiel et désigner le candidat à la vice-présidence de Dilma. La stratégie des dirigeants du PT consiste à reproduire dans l'arène électorale l'alliance parlementaire avec le PMDB, ce qui impose un certain nombre d'obstacles à surmonter. Le PMDB a entériné son soutien au PT dès le premier tour pour l’élection présidentielle. Mais la proximité avec le PT était loin de faire l'unanimité au sein du PMDB, et trois lignes différentes s’étaient esquissées. La première, soutenue par Orestes Quércia (SP) et Jarbas Vasconcelos (PE), était favorable à une alliance avec le PSDB. Deuxièmement, un secteur n'écartait pas l'idée d'une candidature propre en suggérant le nom du gouverneur du Paraná Roberto Requião. Enfin, l'option de l'alliance autour de Dilma était défendue par des leaders importants comme José Sarney [3], président du Sénat, et Michel Temer, président de la Chambre de députés candidat le plus probable la vice-présidence. Quoiqu'une décision officielle ne soit pas annoncée avant la convention nationale en juin prochain, après la réélection de Temer à la présidence du parti, les doutes semblent depuis début février définitivement dissipés autour d'un ticket PT-PMDB. L'enjeu est désormais de trouver un nom fort pour que l'alliance soit la plus égalitaire possible, autrement dit, pour qu'elle garantisse un partage des postes le plus favorable possible au PMDB dans en ce qui concerne les portefeuilles ministériels et dans les entreprises publiques. Si le nom du président de la Banque Centrale, Henrique Meirelles, a été pressenti (il pourrait équilibrer la tendance plus à gauche de Dilma, en offrant des signales positifs au marché) c'est Michel Temer est le mieux positionné. Cette option s’est d’ailleurs confirmée le 3 avril, lorsque Henrique Meirelles a – tardivement – annoncé qu’il ne démissionnerait pas de son poste de président de la Banque Centrale et qu’il ne briguerait aucun poste électif en 2010.

De surcroît, à l'intérieur du PT des obstacles à un ticket PT/PMDB ne sont pas moins remarquables. L'enjeu ici est de rendre compatible la stratégie adoptée au niveau national et celle de chaque état fédéré qui doit élire aussi ces représentants en octobre. Puisque la loi électorale n'oblige pas la reproduction des alliances nationales (verticalização) les directions régionales des partis ont normalement la liberté de fixer leurs stratégies et d’établir leurs propres alliances. Cependant, Lula insiste sur les disputes locales qui ne doivent pas remettre en cause ni le projet national, ni la candidature de Dilma. C’est ainsi que dans le Rio Grande do Sul s’affronteront un candidat du PT (Tarso Genro) et un candidat du PMDB (José Fogaça), qui soutiendront tous les deux le ticket présidentiel Dilma/Temer.
Le dernier grand engagement de Dilma à l'intérieur du gouvernement a été le lancement du programme « PAC 2 », dont elle a exposé les grandes lignes le 29 mars lors d'un événement organisé en présence de nombreux politiciens et entrepreneurs. L'objectif du gouvernement est de planifier des investissements aux services d'aménagement, notamment dans les bidonvilles, pour un montant d’un milliard de reais (400 million d'euros).
Par ailleurs, le nom de Ciro Gomes (PSB) qui avait été crédité comme le second mieux positionné en mars 2008 est en chute libre. Il ne comptait que 11% en mars et il finalement se fait dépasser en avril. Bien que dans un cadre d'égalité technique, le PSB semble s'incliner à l'abadon d'une candidature propre en faveur d'une alliance avec le PT. La candidature verte de Marina Silva est proposée dans les sondages depuis fin 2009 et mobilise autour de 8% de l'électorat. En plus, après annoncer sa filiation au PV et sa volonté à disputer à la présidence elle connaisse une médiatisation assez important. En comptant 10% en avril, Marina se place comme le troisième nom dans la course présidentielle, quoique encore loin des candidats en tête, mais suffisant pour faire réviser les plans de Ciro Gomes et du PSB. Enfin, la série présente aussi le nom de Heloísa Helena (PSOL) qui était pressentie pour participer à la compétition mais qui a finalement décidé de briguer un poste pour le Sénat.

Un dernier point à souligner est le niveau de rejet suscité par les pré-candidats. C’est-à-dire la part de la population déclarant ne vouloir voter dans aucun cas pour un candidat. Le taux de rejet de Serra est passé de 19% à 25% entre décembre 2009 et février 2010. Dans la même période, ceux de Ciro et Dilma progressent de 18% à 21% et celui de Marina Silva de 17% à 19%. Le rejet de Dilma est plus fort dans la région Sud-Est (27%) et parmi les groupes dont les revenus dépassent 10 salaires minimums (40%). Parmi les populations les plus scolarisées, le niveau de rejet de Dilma est de 33% contre 30% pour Serra. Au niveau régional, le candidat du PSDB a son plus fort taux de rejet dans le Nord-Est (28%). Au niveau sociologique, c’est étonnamment parmi les plus riches que le taux de rejet de Serra est le plus élevé (33%). Ce niveau élevé de rejet chez les plus aisés et plus scolarisés, malgré un léger avantage de Serra, pourrait-il indiquer un discrédit des propositions du PSDB, de la personnalité de Serra, voire des classes politiques de la part des élites économiques brésiliennes ?
[1] Fin novembre 2009, une affaire de corruption est devenue public, concernant le sommet du pouvoir du District Fédéral. Le nom du gouverneur José Arruda étant au centre du scandale (Voir OPALC, Affaires de corruption du Brésil contemporain. http://www.opalc.org/web/images/stories/Corruption.pdf). Le 11 février il a été arrêté par la Justice et mis en garde à vue en raison de ses interférences dans les enquêtes (en essayent de corrompre les témoins de l'affaire). Malgré les mobilisations de la société civil et de l'opinion publique, la commission parlementaire qui s'occupe du cas n'a guère avancé et le procès d'impeachment du gouverneur n'a pas été voté, en raison des stratégies politiques adoptées par les alliés politiques du gouverneur. Cependant, une fois exclut du parti, Arruda a perdu son mandat lors d'une décision judiciaire, du 16 mars, en raison de sa dé-filiation partisane.
[2] La décision a été suspendue lorsque Kassab a fait appel (le 21 février) mais le procureur régional électoral vient d'émettre un avis, le 30 mars, en recommandant la cassation du Maire.
O Globo 22/02/2010: Justiça eleitoral suspende cassação de mandato de Kassab.

Folha de São Paulo 30/03/2010: Procuradoria recomenda manutenção da cassação de Kassab.
[3] Président du Sénat, Sarney est une pièce clé dans l'échiquier armé par le président Lula, soit dans l'arène parlementaire soit dans l'articulation de l'alliance avec le PT. Ce pragmatisme explique l'effort politique dépensé par Lula pour soutenir Sarney face aux dénonciations de corruption auxquelles il a fait face depuis fin 2009. Pour plus de détails voir: OPALC, Affaires de corruption au Brésil, op.cit.





lundi 18 mai 2009

Corruption et enjeux politiques au sud du Brésil



Un vol d'oiseau sur le Rio Grande do Sul

Au cours des dernière semaines des nouvelles dénonces de corruption ont provoqué un bouleversement dans la scène politique de l''État fédéré du Rio Grande do Sul. Véhiculées dans la presse national et régional, celles-là ont devenu un élément important dans le complexe échiquier pour la succession de 2010. Le présent article objective exposer l'actuelle conjoncture politique de celui qui es la quatrième économie e le cinquième État le plus peuplé du pays1.


Élue en 2006, la gestion Mme Yeda Crusius (PSDB) a hérité une crise dans les comptes publiques dont le déficit atteignait de 2,4 billions de reais2. On a donc mis en œuvre un programme d'ajustement fiscaux, le « choc de gestion » et d'augmentation d'impôts. Au cours des deux premières années, le gouvernement a réduit à la moitié ce déficit, ce qui a eu un haut prix politique, et une chute dramatique dans les indicateurs de popularité. Quoique l'année 2009 devrait être marqué para la reprise des investissements, l'image du gouvernement fut plutôt offusqué par des affairesde de corruption.


Bien que les partis comme le PT et du PSOL fissent une forte opposition, le gouvernement fut ébranlé par son propre alliance politique. Les premières dénonciations ont parti en 2008 du vice gouverneur M. Paulo Feijó (DEM). En effet, la relation entre les deux premiers mandataires de l'État est en dégringolade depuis le début du mandat, en ayant eu entre eux des échanges publiques de mots trop acides. M. Feijó a enregistré e a divulgué des conversations qui démontrent des conduites corrompues au sein de la gestion. Le chef de gouvernement, Cézar Buzatto, s'est fait démissionner en juin après la révélation d'une converse téléphonique dans laquelle il confirme que après la concession de l'administration d'entreprises publiques aux partis de la base alliée, celles son convertit en ressources de financement électorale a travers de la manipulation de licitations et de la surfacturation des achats. En autre, on a découvert une fraude dans le Département de circulation (Detran-RS) pour qui la police fédérale a estimé que, pendant les cinq dernières années, le montant d'argent publique détourné fut de 44 millions de reais. Parmi les suspects arrêtées figure l'entrepreneur Lair Ferst qui a participé dans l'administration de finances de la campagne de Yeda. D'ailleurs, le Tribunal de comptes et la Police Fédérale enquêtent sur des possibles détournements dans la banque étatique Banrisul (27 millions) et dans la Compagnie d'énergie (20 millions), dont la gestion est en charge du PMDB et du PTB respectivement, des parties qui composent l'alliance politique que soutienne le gouvernement. Dans la semaine passé des nouvelles révélations faites pour le magazine Veja supposent des irrégularités sur le financement de la campagne de Mme Yeda, des accusations qui touchent son époux M. Carlos Crusius. Le PT est désormais mobilisé pour l'établissement d'une Commission parlementaire d'enquête (CPI).


Les affaires de corruption ont devenu un pièce clé dans l'échiquier politique qu'envisage les élections de 2010. Depuis le début de l'année on spécule sur les possibles candidatures au gouvernement du Rio Grande do Sul. Le PT pourrait lancer Olivio Dutra3 ou le Ministre de la Justice Tarso Genro4 qui est déjà pré-candidat. Au PMDB, parti traditionnellement fort dans l'état, on cogite les noms de l'actuel maire de la capital José Fogaça5 et de l'ex-gouverneur Germano Rigotto6 qui s'intéresse plutôt à une candidature pour le sénat. Le PSDB évaluait en mars que Mme. Yeda disposait encore du capital politique pour essayer une réélection, surtout si les résultats des projets d'investissements prévus par cette année résultaient positifs. Néanmoins, informe le quotidien Folha de São Paulo, les nouvelles accusations de corruption peuvent renforcer une deuxième option que défend une alliance avec le PMDB sur une candidature de Fogaça. Et voici que l'enjeu national se fait aussi présent. Une telle alliance répondait aussi à une stratégie de former des alliances régionales entre les deux partis pour renforcer le candidat du PSDB à la présidence et réduire le espace politique du PT. D'autre coté, le PMDB du Rio Grande do Sul soutien l'idée de que son parti lance une candidature propre à la présidence. Même si celle n'était pas adopté, on demande l'autonomie au dirigeants régionaux pour qu'ils puissent, à exemple de ce qui s'est passé en 2006, établir les alliances au delà des accords de la direction national du parti. De toute façon, il est peu probable une alliance entre PT et PMDB dans cet État tandis l'affaiblissement du gouvernement Yeda pourrait renforcer une candidature de Fogaça ou Rigotto.


Les enjeux régionaux et nationaux se croisent donc au Rio Grande do Sul, que passe a jouer un rôle important dans la complexe architecture des alliances du scenario politique brésilien.

Notes:
1En effet selon les donnés du recensement démographique du IBGE pour 2007 l'État du Rio Grande do Sul compte en peu plus de 10,5 millions d'habitants et son économie représente 6,82% du PIB brésilien. In: Atlas socio econômico do Rio Grande do Sul, disponible en ligne sur le site: http://www.scp.rs.gov.br/atlas/atlas.asp?menu=292
2A titre de référence, le PIB de l'État fut, en 2008, de 193.485 millions de reais. Ibidem.
3Olivio Dutra fut le Maire de la capitale, Porto Alegre entre 1989-1992 et gouverneur de l'État entre 1999-2002.
4Tarso Genro fut le Maire de Porto Alegre pendant les mandats de 1993-1996 et 2001-2002;
5Après quatre gestions successives du PT, José Fogaça est devenu maire de Porto Alegre en 2005 et réélu pour le mandat de 2009-2012.
6Germano Rigotto a eu le mandat de gouverneur entre 2003-2006.


Références Bibliographiques:

Folha online, édition du 12/05/09. Tucanos cogitan rifar Yeda Crusius e apoiar peemedebista José Fogaça. http://www1.folha.uol.com.br/folha/brasil/ult96u564267.shtml

Folha online, édition du 17/05/09. Governo Yeda completa 29 meses de crise. http://www1.folha.uol.com.br/folha/brasil/ult96u567160.shtml

O Globo, édition du 11/05/09. PMDB Gaucho prepara cruzada pela candidatura propria à Presidência e dificulta aliança com PT no RS. http://oglobo.globo.com/pais/mat/2009/05/11/pmdb-gaucho-prepara-cruzada-pela-candidatura-propria-presidencia-dificulta-alianca-com-pt-no-rs-755812056.asp

Revista Veja, édition du 18/06/08. A crise permanente. http://veja.abril.com.br/180608/p_068.shtml

Revista Veja, édition du 13/05/09. O caixa dois do caixa dois. http://veja.abril.com.br/130509/p_064.shtml

Zero Hora, édition du 17/05/09. Lider do PDT indica que partido deve endossar CPI contra Yeda. http://zerohora.clicrbs.com.br/zerohora/jsp/default.jsp?uf=1&local=1&section=Pol%EDtica&newsID=a2513212.xml

vendredi 10 avril 2009

La Crise mondiale fait des vagues au Brésil

Quelques jours après le G20, qui affichait l'ambition de répondre à la crise économique mondiale qui a éclatée en septembre 2008 (mais qui avait commencée bien longtemps avant déja), on peut s'interroger sur l'impact de cette crise au Brésil.

D'un côté, le président Luis Inacio Lula da Silva, en fonction depuis 2003, a présenté cette crise comme une "vaguelette", affichant un optimisme basé sur la forte croissance brésilienne depuis 2005, la consolidation d'un marché intérieur, la création d'un stock important de devises ainsi que la diversification des partenaires commerciaux. Cette optimisme peut aussi être assimilé au besoin de créer un climat de confiance pour éviter une spirale spéculative négative. L'opposition a immédiatement critiqué la minimisation de la crise de la part du gouvernement, ainsi que la modestie de la réponse gouvernementale : réductions d'impots pour le secteur automobile, plan de construction de logements, attisant également la venue d'une crise de plus grande ampleur.

Pour certains, notamment The Economist [1] , ce sont les archaismes de l’économie brésilienne qui expliqueraient un impact moindre de la crise internationale, comme l’importance de l’économie informelle par exemple, il n’y aurait donc pas de quoi fanfaronner.

Il faut rappeler que la plupart des partis brésiliens ont déja en ligne de mire la prochaine élection présidentielle en 2010, pour trouver un successeur à Lula, qui ne peut pas effectuer plus de deux mandats consécutifs. L’analyse de la plupart des postures et des opinions exprimées doit donc prendre en compte les stratégies pour la course à la présidentielle.

Par exemple, le plan gouvernemental de construction de logements, d'un montant de 12 milliard d'euros pour 1 millions de logements, ne prévoit pas de délais précis, ce qui est vu comme une operation de communication de la part du gouvernement fédéral et du PT (le Parti des Travailleurs, le parti de Lula, au pouvoir au sein d'une coalition), mais sans garanties de réalisation, selon l'opposition. Postures mises à part, on peut considérer que trois crises touchent actuellement le Brésil :

- Une crise financière, qui se manifeste par une baisse du cours du réal (la monnaie brésilienne depuis 1994), qui connaissait une phase de hausse depuis 2003 et une baisse des investissements étrangers effectués au Brésil en provenance des Etats-Unis et des pays européens affectés par la crise. De plus, le crédit se raréfie, bien qu’il soit déja assez faible au Brésil (en raison de taux d’intérêts très élevés).

- Une crise économique ensuite, dans le secteur externe, qui même si il ne représente que 13% du PIB, est responsable de l’augmentation spectaculaire des excédents de la balance commerciale ces dernières années et qui est touché par la réduction des importations de la part des pays du Nord, mais également des autres pays émergents, comme la Chine. La baisse du prix des matières premières agricoles et minières affecte également le résultat de la balance commerciale brésilienne, autant qu’ils avaient contribués à sa bonne santé ces dernières années.

Dans le secteur interne, la baisse de 3,6% du PIB au dernier trimestre de 2008 et la création d’un demi-million de chomeurs supplémentaires témoigne de la difficulté de certaines entreprises (notamment les filiales des industries automobiles en difficulté dans leur pays d’origine, comme Général Motors par exemple). Pour 2009, les prévisions gouvernementales qui visaient encore en septembre dernier une croissance de 4,5%, ont étés revues à la baisse, soit 1,2%.

- On peut enfin définir une crise stratégique, en rapport avec les choix du gouvernement Lula, et qui sont mis en difficulté avec la crise économique. Premièrement, la « diplomatie de l’éthanol » mise en place depuis 2006 et qui vise à libéraliser et étendre la commercialisation des biocarburants pour lesquels le Brésil est très compétitif, se voit handicapée par la baisse des prix mondiaux du pétrole, qui rendent moins attrayant les biocarburants (ceci succédant à une campagne contre les biocarburants lancée pour des motifs écologiques et moraux en 2007).

Deuxièmement, la diplomatie brésilienne a mise en avant depuis 2003 la conduite de coopérations Sud-Sud, avant tout avec des pays émergents comme l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, qui sont touchés par la crise eux aussi, ce qui pourrait réduire les échanges commerciaux avec ces pays à court terme. Les rapports avec les pays africains pourraient également être atteints par la baisse des importations de la part de ces pays, touchés de plein fouet par la baisse du prix des commodities et la réduction des investissements et crédits internationaux. L’intégration sud-américaine pourrait enfin être encore plus retardée, et notamment quelques projets phares d’intégration physique, comme le grand oléoduc reliant le Venezuela à l’Argentine.

Enfin, la principale crainte du Brésil est la recrudescence du protectionnisme comme solution à la crise, car cela affecterait encore plus les exportations des pays émergents. En effet, la volonté de liberaliser les marchés agricoles est au centre de la diplomatie brésilienne au sein de l’Organisation Mondiale du Commerce depuis toujours. Cependant, depuis 2003, et malgré l’importance prise par le Brésil dans le processus de Doha, celui-ci est toujours bloqué. La crise ne facilite pas la résolution des conflits d’intérêts entre Etats-Unis, Union Européenne et grands pays émergents en faveur d’une solution mettant fin au protectionnisme agricole des pays du Nord, et pourrait donc signer un échec de la diplomatie du gouvernement Lula. C’est pourquoi avant le G20, si le président Lula s'est associé à la volonté française et allemande de mettre l'accent sur la régulation du système financier, il a mis en avant la nécessité de lutter contre le protectionnisme.

En ponctuant cette position d'une critique des "banquiers blancs aux yeux bleus" à l'origine de la crise (lors d’une réunion préparatoire au G20 avec Gordown Brown, le premier ministre britannique), Lula a voulu marquer l’affirmation nouvelle des pays émergents, en pointant les responsabilités des Etats-Unis avant tout, et en réclamant une place plus grande pour les pays émergents dans la régulation du système international. On peut analyser le propre G20 comme un reflet de cet état d’esprit général, tout comme la participation du Brésil au Fond Monétaire International en tant que créditeur, après le prêt de 4,5 milliards de dollar au Fonds, suite à la décision prise lors de la réunion du G20 de Londres d’augmenter les ressources de l’institution.

Loin du débat politique, existant dans tout pays, sur les remèdes à apporter à la crise, on peut craindre que la dégradation économique mondiale due à la crise ait un effet sur le Brésil, même s’il est indirect. De la capacité du gouvernement Lula à répondre à la crise sur la plan interne et externe dépendra sans doute le résultat du scrutin présidentiel en 2010. Affaire à suivre donc...

[1] http://www.economist.com/displaystory.cfm?story_id=13243343 (consulté le 10/05/2009)