Plusieurs choses, brièvement.
Depuis 2000, le FMLN a remporté un certain succès aux élections législatives, jusqu’à être majoritaire en 2003. Jamais cependant, le peuple n’a osé voter lors des présidentielles pour le FMLN. Et ce pour plusieurs raisons. D’une part, le leader du FMLN, Shafik Handal, candidat à la présidence jusque là a été un des acteurs les plus notables de la guerre civile. Extrémiste, staliniste, celui-ci n’inspirait aucune confiance à la population. Sa mort en 2006, a largement débloqué la situation, permettant au FMLN de faire un pas vers le centre, comme on a pu le voir aujourd’hui avec la désignation de son candidat pour les présidentielle de 2009. Le choix de Mauricio Funes (journaliste indépendant non affilié jusque là) comme candidat à la présidence démontre en effet la profonde rénovation idéologique qu’a entrepris le FMLN après la mort de son leader historique (ce qui lui permet aujourd’hui d’être victorieux).
Une des caractéristiques du système politique salvadorien est d’ailleurs qu’il est un des plus polarisé au monde. Le FMLN comme ARENA se considèrent respectivement d’extrême droite et d’extrême gauche. Pendant 20 ans, ARENA a ainsi mené une politique ultra sécuritaire de lutte ouverte contre le problème endémique de la délinquance juvénile, couplée à une politique économique néolibérale (avec l’Equateur, le Salvador est d’ailleurs le seul pays d’Amérique Latine à avoir « dollarisé » son économie). Le spécialiste Manuel Alcantara Saez voit d’ailleurs la crise financière comme un des facteurs ayant favorisé la victoire du FMLN.
Dire que le résultat des élections de dimanche dernier est historique n’est pas trop fort. Enfin, la gauche accède au pouvoir après avoir été majoritaire au niveau municipal et au niveau législatif (je le répète, la mort de Handal y est pour beaucoup). En raisonnant selon les termes de la transitologie (courant de la science politique étudiant les transitions démocratiques), on peut aussi affirmer que le Salvador a finalement accompli sa transition vers la démocratie, en vivant aujourd’hui une alternance politique réelle.
Déjà, les observateurs soulignent que la gauche est minoritaire au Congrès (les élections législatives et municipales ont eu lieu en janvier 2009), si tous les partis de droite effectuent une coalition. Il sera donc difficile pour le FMLN de faire passer ses lois. Gageons tout de même que le FMLN entreprendra et réussira des réformes absolument nécessaires pour le pays, notamment en matière de sécurité et de politique fiscale (le Salvador est un des pays ayant le taux d’imposition le plus bas au monde). Dans tous les cas, l’accession de la gauche à la présidence du Salvador est un fait qui marquera à coup sur l’histoire de ce petit pays.